Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c’était la pluie.

 

Texte lu en français et en breton par Nolwenn Korbell extrait de "Du coté de chez Swann" de Marcel Proust,

ainsi que Glav, poème de Twm Morys que Nolwenn lit en gallois et en français. L'ensemble sur des enregistrements de pluie (prise de son et montage Marcel Jouannaud).

 

 

Glav

Chanson de Nolwenn korbell interprétée par Hélène Jacquelot.

 

 

 

 

Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche, et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poème.

 

Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serré et bourru, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! Il n’est pas à craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouïe, non pas au déclenchement d’aucune heure, je médite le ton innombrable et neutre du psaume.

 

Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée prépare un plus sombre assaut, telle qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre.

 

La Pluie - Paul Claudel

Interprétation :  Marcel Jouannaud

 

 

 

Il pleut sur la mer et ça sert à rien

Qu´à noyer debout le gardien du phare

Le phare, y a beau temps qu´il a plus d´gardien

Tout est électrique, il peut bien pleuvoir

Aujourd´hui dimanche

Sur la Manche

 

Il pleut sur la mer, c´est bien inutile

Ca mouille la pluie, c´est du temps perdu

Les mouettes s´ennuient, blotties sous les tuiles

Il tombe des cordes et l´eau s´est pendue

Aux plus hautes branches

De la Manche

 

Il pleut sur la mer et ça sert à rien

A rien et à rien, mais quoi sert à quoi?

Les cieux, c´est leur droit d´avoir du chagrin

Des nuages indiens vident leur carquois

C´est l´été comanche

Sur la Manche

 

Il pleut sur la mer, l´eau, quelle imbécile!

A croire que la mer se pisse dessus

Saborde ses ports, ses cargos, ses îles

T´as l´air d´un moineau sous mon pardessus

D´une corneille blanche

Sur la Manche

 

Il pleut sur la mer et ça nous ressemble

De l´eau dans de l´eau, c´est nous tout crachés

Et nos yeux fondus au coeur de septembre

Regardent rouler des larmes gâchées

Curieuse avalanche

Sur la Manche

 

Il pleut sur la mer, c´est con comme la pluie

Peut-être c´est nous qui sommes à l´envers

L´amour a des nœuds plein sa mise en plis

Ca nous fait marrer, il pleut sur la mer

Aujourd´hui dimanche

 

Sur la Manche

 

IL PLEUT SUR LA MER - Allain Leprest

Chant : Hélène Jacquelot, Accordéon, composition et arrangement Marcel Jouannaud

 

 

 

Averse averse averse averse averse averse

 

pluie ô pluie ô pluie ô ! ô pluie ô pluie ô pluie !

 

gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau

 

parapluie ô parapluie ô paraverse ô !

 

paragouttes d’eau paragouttes d’eau de pluie

 

capuchons pèlerines et imperméables

 

que la pluie est humide et que l’eau mouille et mouille !

 

mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau

 

et que c’est agréable agréable agréable !

 

d’avoir les pieds mouillés et les cheveux humides

 

tout humides d’averse et de pluie et de gouttes

 

d’eau de pluie et d’averse et sans un paragoutte

 

pour protéger les pieds et les cheveux mouillés

 

qui ne vont plus friser qui ne vont plus friser

 

à cause de l’averse à cause de la pluie

 

à cause de l’averse et des gouttes de pluie

 

des gouttes d’eau de pluie et des gouttes d’averse

 

cheveux désarçonnés cheveux sans parapluie

 

 

Il pleut - Raymond Queneau

Interprétation : Hélène Jacquelot

 

 

Je me suis réveillé sous la pluie tiède, cette nuit

Dans la nuit de mes angoisses, entre les panthères ailées les squales amphibies

Les crabes jaunes qui proprement me mangeaient la cervelle,

Je suis resté longtemps, et ruminant mes pensées tes pensées

Chantant tes dernières paroles, et le sourire du mouchoir, la porte fermée de l'adieu.

 

Je me suis réveillé dans les gorges et les senteurs bruissantes, exquises,

Ta voix de bronze et de roseau, ta voix d'huile et d'enfant

Comme le soleil sonnait à ma vitre, parmi la fraîcheur du matin,

Et montraient alentour, jaillissant de la lumière de l'ombre

Blanches et roses, tes odeurs de jasmin sauvage : la Feretia apodanthera

 

Que dans la nuit mes larmes avaient arrosée.

 

 

Léopold Sedar SENGHOR - Lettres d'hivernage

Chant, accordéon : Marcel Jouannaud

 

 

La Pluie

 

Après que j’eus par le fer par le feu par la cendre visité les lieux les plus célèbres de l’histoire après que j’eus par la cendre le feu la terre et les astres courtisé de mes ongles de chien sauvage et de ventouse le champ autoritaire des protoplasmes

 

Je me trouvai comme à l’accoutumée du temps jadis au milieu d’une usine de noeuds de vipère dans un gange de cactus dans une élaboration de pèlerinages d’épines -et comme à l’accoutumée j’étais salivé de membres et de langues nés mille ans avant la terre – et comme à l’accoutumée je fis ma prière matinale celle qui me préserve du mauvais œil et que j’adresse à la pluie sous la couleur aztèque de son nom

 

Pluie qui si gentiment laves l’académique vagin de la terre d’une injection perverse

 

Pluie toute puissante qui fais sauter le doigt des roches sur le billot

 

Pluie qui gaves une armée de vers comme n’en saurait nourrir une forêt de mûriers

 

Pluie stratège génial qui pousses sur la glace de l’air ton armée de zigzags de berges innombrables qui ne peut pas ne pas surprendre l’ennui le mieux gardé

 

Pluie ruche de guêpes beau lait dont nous sommes les porcelets

 

Pluie je vois tes cheveux qui sont une explosion continue d’un feu d’artifice de hura-crépitans tes cheveux de fausses nouvelles aussitôt démenties

 

Pluie qui dans tes plus répréhensibles débordements n’as garde d’oublier que les jeunes filles du Chiriqui tirent soudain de leur corsage de nuit une lampe faite de lucioles émouvantes

 

Pluie inflexible qui ponds des oeufs dont les larves sont si fières que rien ne peut les obliger à passer à la poupe du soleil et de le saluer comme un amiral

 

Pluie qui es l’éventail de poisson frais derrière lequel se cachent les races courtoises pour voir passer la victoire aux pieds sales

 

Salut à toi pluie reine au fond de l’éternel déesse dont les mains sont multiples et dont le destin est unique toi sperme toi cervelle toi fluide

 

Pluie capable de tout sauf de laver le sang qui coule sur les doigts des assassins des peuples surpris sous les hautes futaies de l’innocence

 

Aimé Césaire

Interprétation : Marcel Jouannaud, Hélène Jacquelot

 

 

Tout l'air est gris de pluie

Sur les champs de blé agités,

Les cerisiers dégoulinent, immobiles,

Ecoutant la floraison

Dans le calme de bosquets humides.

Une maison à l'épais toit de chaume,

Trempée, fume, comme en contemplation.

Moi, je me tiens sous le ciel en larmes,

Sans fin tapi au morfil des montagnes

Qui étend sur elles sa chevelure défaite.

 

Mes yeux, que la pluie apaise,

Fixent la plaine fumante,

Dissimulés par un arbre qui s'ébroue

Tandis que me parviennent, humides et fortes,

Les senteurs de la terre entamée,

Du sein ancien de la terre

Au lent respir ; des blés qui enflent

Pour élever les vertes pousses vers la lumière

Qui m'offriront bientôt leur ombre

Quand mes yeux seront faibles, quand je serai muet

Brûlé d'années et sans forces

Comme toutes les choses qui ont vécu

Leur temps ; et quand la douleur anonyme

De vivre sans vivre, de vivre sans savoir

Cessera de m'aliéner à la terre

Pour déchiffrer l'énigme d'exister

Et pour crier "Maintenant !"

A mon impuissance native

A fondre dans ma vision

Toute la beauté du monde.

Mais heureux d'observer jour après jour

Le jeu insouciant, la danse de la lumière

Sur la surface des eaux. Puis je serai

Enfoui sous les roses, comme endormi,

Baignant dans l'air trempé de soleil

Sans désir, sans volonté, sans souci,

Les yeux de plus en plus faibles

 

Tournés vers la voûte des cieux.

 

William Faulkner, poésie du Faune de marbre (The Marble faun)

Interprétation : Marcel Jouannaud

 


 

Les roses sont noirs

Les pagnes sont bleus

Il pleut sur la gare, je veux être heureux

 

les soleils bancales

coincés dans les portes

sont tellement pales

que la bonne est morte

 

le docteur est fou

la mercière a peur

les machines à sous m'ont brisé le cœur

 

une petite belote un petit tiercé

les momies radotent

devant la télé

 

le ministre a dit

que les français sont

hantés par Racine

et par Cicéron

 

30 année passées

parmis les vivants

n'ont pas entammer

mon étonnement

 

les enfants se cachent

pour se caresser

les parents se fachent

dans leur corps gelé

 

les hommes s'enlisent le long des trottoirs

les femmes reclusent je voudrais te voir

 

 

Il pleut sur la gare Areski Belkacem

Chant et percussions Hélène Jacquelot

 

 

J'ai vu la plaine après l'été, attendre ; attendre un peu de pluie. La poussière des routes était devenue trop légère et chaque souffle la soulevait. Ce n'était même plus un désir ; c'était une appréhension. La terre se gerçait de sécheresse comme pour plus d'accueil de l'eau. Les parfums des fleurs de la lande devenaient presque intolérables. Sous le soleil tout se pâmait. Nous allions chaque après-midi nous reposer sous la terrasse abrités un peu de l'extraordinaire éclat du jour. C'était le temps où les arbres à cônes, chargés de pollen, agitent aisément leurs branches pour répandre au loin leur fécondation. Le ciel s'était chargé d'orage et toute la nature attendait. L'instant était d'une solennité trop oppressante car tous les oiseaux s'étaient tus. Il monta de la terre un souffle si brûlant que l'on crut défaillir, et le pollen des conifères sortit comme une fumée d'or des branches. Puis il plut.

 

 

André Gide, Les Nourritures terrestres.

Interprétation : Marcel Jouannaud

 

 

 

 

 

J'aime la pluie, j'aime la pluie j'aime la pluie

j'aime la pluie qui souris et me fuis

J'aime la pluie qui décors mes habits et me dis que c'est trop

Trop de pluie, trop de qui, trop de folie dans cette eau qui dit oui.


J'aime la pluie, j'aime la pluie j'aime la pluie,

j'aime la pluie sur ma peau

J'aime la pluie sur ma peau qui s'échine sans eau

sans eau de là, sans eau de là de toi, sans que tu saches qui de toi ou de moi sera là.

 

J'aime la pluie, j'aime la pluie j'aime la pluie,

J'aime la pluie qui sauce

J'aime le ciel qui se crève et se vide

J'aime le vide

C'est beau le vide

C'est bon le vide, ça donne des forces.

 

La pluie qui coule

La pluie qui mouille

La pluie qui souille

La pluie qui glisse sur nous

La pluie qui sue partout de nous

La pluie qui aime les chants

La pluie qui fait battre mon sang

La pluie qui vient

La pluie qui va

La pluie qui va et vient

La pluie qui essuie nos chagrins

J'ai du chagrin?

Chagrin c'est pour rire c'est pour rien

J'aime le rien

 

J'aime la pluie, j'aime la pluie j'aime la pluie

J'aime la pluie qui nous tient

J'aime la pluie qui nous veut du bien

Qui veut savoir,

tout

 

Il flotte, j'grelotte,

grelottons ensemble sous la pluie

,qui rit.

 

Éponge-moi, épongeons nous, épongeons tout ce qui sue de nous.

Je nous boirais,

tout.


Éclates toi, éclates moi, éclatons tout ce qui sors de nous

Jusqu'à savoir

Tout.

 

J'aime la pluie, j'aime la pluie j'aime la pluie

j'aime la pluie qui fait rien

j'aime le grain

J'aime le grain qui sait bien

J'aime le grain qui sait tout de ce qu'on veut de nous

j'aime le grain qui gâche et nous fâche, nous.

 

 

J'aime la pluie

Hélène Jacquelot

Interprétation : hélène Jacquelot

 

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir


les trottoirs sont des miroirs

passagers du monde maladroit

mes pas font des traces

les lumières les déplacent

quelques mots fredonnent

une histoire d'homme

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir


Des chansons nées sur le fil

se défoncent oubliées c'est parti

larmes de pluie sur les cils

des notes indociles

restent dans ma tête

presque muette


J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

les trottoirs sont bien trop noirs

j'y laisse là des traces au hasard

inutile de parler à la vie qui passe

la pluie danse en cadence sans importance


J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

J'aime la pluie couverte de nuit

ça m'suffit pour dormir

 

 

 

J'aime la pluie

Marc Perrone

Chant : hélène Jacquelot - Accordéon : Marcel Jouannaud

 

 

 

 

 

Ça c’est la maison
Elle est dans la maison
elle attend dans sa maison
J’attends oui
J’attends
Que tombe la pluie
Je regarde le ciel
Toujours je regarde le ciel
J’ai toujours fait ça moi
Regarder le ciel
Je regarde
Donc
Le ciel
Puis tandis que je regarde le ciel
je regarde la campagne aussi
Elle descend la campagne en douce
Elle s’éloigne de la maison la campagne
Et je regarde aussi la route
Tant que j’y suis
Elle disparaît, la route, au détour du bois
Là-bas
Bon
C’est le soir et je regarde le ciel la campagne la route
C’est toujours le soir que je regarde
J’ouvre la porte et je regarde
Je reste là, à la porte, comme là
debout comme toujours
toujours debout dit la sœur, c’est elle, l’aînée
je suis là donc, debout à la porte et j’attends
que tombe
donc
la pluie
que ça pleuve sur la campagne, les champs,, les bois la route.
Elle attend, la sœur l’aînée
Elle a toujours attendu
On le sait ça
que j’ai toujours attendu
je regarde la route
j’attends la pluie
que ça pleuve
et tandis qu’elle attend
elle ne fait pas que ça, attendre
elle en profite
je pense, fait en effet la sœur, à ce temps passé là
dans la maison
nous
les cinq là
ce temps passé là moi et elles
les cinq
à attendre à attendre à attendre
pas que la pluie non
celui qui un beau jour
qui s’est enfui
qui nous a plantés là
celui
que en fait papa en fait a chassé

 


là maintenant à ce moment précis elle pense à
c’est précis
à ça

 


à tout ce temps passé là à ne faire que ça
qu’attendre
attendre

 


de quoi rire, fait la sœur, se voir ainsi là toujours attendre
alors j’en ris, rit la sœur, puis je cesse, cesse la sœur
pas me retrouver non
au bord des larmes non
pas ça
pas me noyer
dans mes larmes

 


j’aurais pu, dit la sœur
au lieu de passer tout ce temps à attendre à regarder le ciel la route la campagne et les champs à attendre que tombe un jour la pluie qu’il pleuve sur la campagne la route les champs les bois
j’aurais pu oui
m’enfuir oui moi aussi
vivre une vie
voir un monde
l’idée que j’en ai
toute seule sans les autres
plus être là
à attendre
à la porte le soir
que tombe la pluie

 

La maison Lagarce

Noëlle Renaude